Le flacon traîne encore dans pas mal de garages. Un bidon de 5 litres, étiquette verte et jaune, acheté avant 2019, entamé à moitié, gardé « au cas où ». On me pose la question au moins une fois par mois : est-ce que je peux encore m'en servir, ou est-ce que je le vide à la déchetterie ?
Et à chaque fois, la même réponse un peu frustrante : ça dépend de qui vous êtes, pas de ce qu'il reste dans le bidon. Parce que le Roundup Ultra Plus n'a pas disparu des rayons à cause d'un problème de formule. Il en a disparu à cause d'une loi. Et cette nuance change tout ce que vous avez le droit d'en faire aujourd'hui.
Points clés à retenir
- Le glyphosate est interdit à la vente aux particuliers en France depuis la loi Labbé, applicable depuis le 1er janvier 2019.
- Roundup Ultra Plus contient du glyphosate sous forme de sel de potassium, dosé à 360 g/L — ce n'est pas la même formulation que le Roundup classique à base d'isopropylamine.
- La détention d'un vieux bidon n'est pas illégale. Son usage par un particulier dans son jardin, lui, n'est plus autorisé.
- Les professionnels (agriculteurs, jardins espaces verts, collectivités) peuvent encore l'employer, mais sous conditions strictes et avec un certificat individuel.
- Un bidon de 5 litres couvre énormément de surface si on respecte le dosage — et c'est justement là que la plupart des gens se trompent.
Roundup Ultra Plus : ce qui a changé, et pourquoi ça bloque
La confusion vient d'un raccourci que tout le monde fait. « Glyphosate interdit » ne veut pas dire « glyphosate interdit partout ». Ça veut dire : interdit de vente et d'usage pour les particuliers. Les professionnels, eux, sont dans un autre régime.
Concrètement, la loi Labbé de 2014, entrée en application pour les particuliers au 1er janvier 2019, a coupé le robinet de la vente. Pas de la fabrication. Pas de l'importation professionnelle. Pas de l'usage agricole, encadré par ailleurs.
Qui peut encore en acheter légalement
Un paysagiste avec un Certiphyto valide peut commander du glyphosate professionnel. Une commune aussi, pour certaines zones — mais de plus en plus laissent tomber, question d'image. Un agriculteur, oui, sous conditions de formation et de suivi.
Un particulier, non. Aucune enseigne physique ou en ligne ne peut vous en vendre en France. Si vous en trouvez sur une place de marché, c'est soit un vendeur étranger qui ne respecte pas la réglementation française, soit une contrefaçon — et j'ai déjà vu les deux cas.
Spoiler : dans les deux cas, vous n'avez aucun recours si le produit ne fonctionne pas, ou s'il vous cause un problème.
Et mon vieux bidon dans le garage ?
Bon. La question honnête. Détenir un produit acheté légalement avant 2019 n'est pas un délit en soi. Mais l'utiliser dans votre jardin, en tant que particulier, est contraire à la réglementation. Le texte porte sur l'usage, pas sur la possession.
Je l'ai dit à un voisin qui m'a montré son bidon de 5 litres à moitié plein. Il l'a regardé, a soupiré, et l'a rapporté à la déchetterie le samedi suivant. C'est la seule issue propre, franchement. Les déchetteries acceptent les produits phytosanitaires en petite quantité, dans leur filière déchets dangereux.
Ce que je déconseille fermement : le refiler à quelqu'un. Vous transférez le problème juridique en même temps que le bidon.
Roundup Ultra Plus dosage : comment ne pas gâcher un bidon de 5 litres
C'est le sujet qui revient le plus dans mes échanges avec des jardiniers professionnels qui, eux, ont encore le droit d'utiliser la molécule. Et c'est là que je vois le plus d'erreurs — pas sur le droit, sur la technique.
La formulation Ultra Plus, à base de sel de potassium, est plus concentrée en principe actif que les anciennes versions à sel d'isopropylamine. Résultat : les dosages « historiques » qu'on trouve encore dans de vieux carnets de notes sont trop élevés. On surdose, on brûle, on gaspille.
Dosage Roundup Ultra plus pour 5 litres d'eau
Pour un pulvérisateur à dos de 5 litres, la fourchette professionnelle usuelle se situe autour de 75 à 100 ml de produit pour les adventices annuelles faciles à traiter. On monte vers 150 à 200 ml sur des vivaces coriaces, chiendent, liseron, ou en début de saison quand la plante est peu développée.
Au-delà, vous n'augmentez pas l'efficacité. Vous augmentez le risque de ruissellement, le coût, et la dose d'exposition pour celui qui applique. J'ai fait l'erreur une fois : double dose sur un carré de liseron, résultat identique à la dose normale, mais 40 % de produit parti en fumée pour rien.
| Type d'adventice | Dose pour 5 L d'eau | Surface indicative traitée |
|---|---|---|
| Annuelle jeune (mouron, séneçon) | 75 ml | 100 à 150 m² |
| Annuelle développée / graminée | 100 à 125 ml | 80 à 120 m² |
| Vivace (chiendent, liseron, rumex) | 150 à 200 ml | 60 à 90 m² |
| Mousse sur allée | 100 ml | 150 m² et plus |
Ces repères sont ceux que j'applique sur mes propres surfaces. Ils varient selon le stade de la plante, la température, la dureté de l'eau et le type de pulvérisateur. Une buse mal réglée qui délivre de grosses gouttes gaspille deux fois plus qu'une buse à jet plat bien calibrée.
Quand pulvériser pour que ça marche vraiment
Trois conditions comptent plus que la dose elle-même :
- La plante doit être en pleine croissance, pas en stress hydrique. Sur un chiendent grillé par la sécheresse, vous pulvérisez dans le vide.
- Pas de pluie prévue dans les 6 heures qui suivent. Sous 6 heures, le produit n'a pas fini d'être absorbé par la feuille et vous l'avez lavé.
- Pas de vent au-delà de 15-20 km/h. La dérive, c'est le premier facteur d'accident sur les cultures voisines — et le premier motif de plainte de voisinage.
Le glyphosate est systémique : il doit pénétrer la feuille, descendre dans la sève, atteindre les racines. C'est pour ça que le résultat complet met plusieurs jours. Les feuilles jaunissent en quelques jours, la plante meurt en 1 à 3 semaines selon l'espèce. Quiconque vous promet un effet en une heure vous vend autre chose.
Sécurité et précaution : ce que les notices ne disent pas assez fort
Avouons-le, la notice d'un bidon de phytosanitaire, personne ne la lit vraiment avant d'avoir déjà commencé à pulvériser. Moi le premier, la première fois. C'est une erreur.
Les équipements qui ne sont pas optionnels
- Gants nitrile, pas des gants de jardinage en coton.
- Lunettes de protection — les projections oculaires sont le premier accident déclaré en jardinage.
- Combinaison ou manches longues + pantalon couvrant, fermés aux poignets et chevilles.
- Masque si vous pulvérisez en zone confinée ou par vent faible.
Bon, et une règle que je répète systématiquement : on ne mange pas, on ne boit pas, on ne fume pas pendant l'application. On se change après. On lave le pulvérisateur séparément, jamais dans l'évier de la cuisine.
Délais de rentrée et impact sur l'environnement
Le glyphosate n'a pas d'effet résiduel dans le sol — il est dégradé par les micro-organismes en quelques semaines. C'est ce qui explique qu'on peut théoriquement resemer après un délai raisonnable, généralement 7 à 10 jours selon la formulation et les conditions de sol.
Mais il est toxique pour les organismes aquatiques. C'est le point noir que les vendeurs mentionnent rarement avec insistance. Pas de pulvérisation à moins de 5 mètres d'un point d'eau, jamais sur sol gelé, jamais en bordure de fossé. La moindre pluie entraîne le produit vers le réseau.
Alternatives au Roundup Ultra Plus : ce qui marche et ce qui ne marche pas
Si vous êtes particulier et que vous cherchez une solution légale aujourd'hui, vous n'avez pas trente-six options. Et honnêtement, certaines fonctionnent très bien.
| Méthode | Efficacité sur vivaces | Coût indicatif | Contrainte principale |
|---|---|---|---|
| Désherbage manuel (binette, sarcloir) | Moyenne — épuisement des racines sur plusieurs passages | Faible | Temps et répétition |
| Désherbeur thermique (gaz) | Faible sur racines profondes | Moyen (cartouches) | Ne touche pas les racines |
| Vinaigre concentré + sel | Faible | Très faible | Modifie le pH du sol |
| Paillage épais + bâche | Bonne sur étouffement long terme | Moyen à élevé | 6 mois minimum d'installation |
| Herbicides « bio » à base d'acide pélargonique | Faible à modérée | Moyen | Action de contact, ne descend pas |
Mon avis, et je le défends : sur des allées de gravier ou des interstices de terrasse, le désherbeur thermique combiné à un passage de binette début printemps donne des résultats comparables à ce que faisait le Roundup, à condition d'y consacrer une heure par mois. Sur du liseron en pleine terre, rien ne remplace vraiment le glyphosate. C'est précisément pourquoi cette molécule est restée indispensable en agriculture — et pourquoi son interdiction pour les particuliers a été si mal vécue.
Ce qu'il faut retenir
Un bidon de Roundup Ultra Plus encore chez vous, ce n'est pas un cadeau. C'est un problème à traiter : déchetterie, filière déchets dangereux, et on n'en parle plus. Pour un professionnel titulaire du certificat adéquat, la formule au sel de potassium reste efficace, mais elle exige un dosage plus serré que les anciennes versions — 75 à 100 ml pour 5 litres sur des annuelles, jusqu'à 200 ml sur vivaces — et un respect strict des conditions d'application.
Le vrai sujet n'est peut-être pas le produit. C'est ce qu'on a appris en le perdant : qu'un jardin sans glyphosate demande plus d'attention, plus de régularité, et accepte une part de renoncement sur certaines zones. Beaucoup de jardiniers m'ont dit qu'ils ne reviendraient pas en arrière. D'autres pestent encore. Les deux ont probablement raison à leur façon.